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Le
Venezuela, ça concerne notre avenir à tous !
Interview de Vanessa
Stojilkovic par Michel Collon à propos de son nouveau film Bruxelles-Caracas:
Pourquoi était-il important de faire un film sur le Venezuela
? Réponse de Vanessa : Parce qu'il s'y passe des choses extraordinaires
! Tous ceux qui visitent ce pays sont emballés. Alors qu'en Europe,
par contre, nous sommes confrontés au pessimisme, au fatalisme
« On ne peut rien changer ». Nous voyons la pauvreté
qui avance. Peu de victoires.
Et au Venezuela, voilà des gens qui se mettent à changer
la situation de leur pays, qui réalisent plein de choses. Et
nos médias occidentaux n'en disent quasi rien, diffusant au contraire
l'image faussée d'une sorte de dictature. Aurait-on intérêt
à nous cacher ce qui se passe là, et même à
le démoniser ?
Il faut savoir
ceci : bien que le Venezuela soit depuis 80 ans un des plus importants
exportateurs de pétrole, 60% des Vénézuéliens
vivent en-dessous du seuil de pauvreté. C'est énorme.
Pour une fois qu'un peuple rétablit son droit à profiter
de ses ressources naturelles, ça vaut la peine de s'y intéresser
de près.
Le Venezuela dérangerait
?
Vanessa. Evidemment, à cause du pétrole. Voilà
un pays où les ressources naturelles sont mises au service du
peuple, et non plus des multinationales. Pour certains, c'est le monde
à l'envers ! En fait, là-bas, comme m'a dit une étudiante
: « Maintenant, la pyramide s'est inversée pour que tous
aient des droits. »
Comment t'est venue
l'idée de ce film concrètement ?
Vanessa. Par hasard. J'avais beaucoup entendu parler du Venezuela et
j'ai eu la possibilité de m'y rendre. Bon, j'ai pas voulu arriver
les mains vides. Il se fait qu'à Bruxelles, je venais de réaliser
quelques brefs « vidéo-trottoirs », mini-enquêtes
auprès des gens pour savoir ce qu'ils pensaient de Bush, de l'Irak,
de l'Europe
Alors, je me suis dit : « Je vais leur apporter
une petite contribution : que pensent les gens d'ici à propos
du Venezuela, quelle info ont-ils reçue, quelles questions se
posent-ils ? » Je me suis dit qu'il serait utile, pour eux de
savoir comment le Venezuela était perçu ici
Que pensaient les
Belges sur le Venezuela ?
Vanessa. Comme tous les Européens, je crois, il s'est avéré
qu'une partie des gens étaient assez manipulés par ce
qu'ils avaient entendu dans les médias. Ceci dit, presque tous
étaient très ouverts et pleins de curiosité. Mais
pessimistes aussi. Ils n'y croyaient pas. L'idée qu'une population
puisse avoir son mot à dire, qu'elle aie un autre rapport avec
son gouvernement, avec la politique, cette idée paraît
ici impossible, utopique !
Et là-bas
?
Vanessa. Une fois arrivée au Venezuela, j'ai rencontré
une révolution. C'est un pays où les gens sont enthousiastes,
ils y croient, ils réalisent plein de choses, ils prennent les
choses en main. Ca surprend juste après avoir entendu tout le
pessimisme européen. Et pourtant, il y a encore dix ans, les
Vénézuéliens aussi ne croyaient plus en la politique,
pensant que jamais rien ne changerait, qu'ils étaient tous trop
individualistes pour se mettre ensemble et changer les choses.
J'ai pu constater le niveau de conscience élevé des Vénézuéliens
Que ce soit sur les médias, le système social, la politique
en général, le rôle des grandes puissances
Ce qui est nécessaire, si un peuple veut en finir avec la pauvreté,
c'est de commencer par comprendre d'où elle vient. Et ils l'ont
bien compris ! Eh oui, quand on les entend, on a envie qu'ici aussi,
on puisse bénéficier de leurs expériences ! Je
suis donc allée dans Caracas et j'ai fait parler les Vénézuéliens.
Pour qu'ils répondent aux questions que se posaient les Belges
- et tous les Européens je crois - à propos du Venezuela.
Bref, une sorte
de ping-pong entre peuples
Vanessa. Oui, et je crois qu'on se
comprendrait beaucoup mieux, s'il y avait davantage de communication
directe, entre les peuples. Mais nous ne pouvons pas tous y aller, donc
j'ai fait l'inverse : j'ai rapporté des paroles vénézuéliennes,
des vécus, des émotions, de l'espoir, des inquiétudes...
Un peu de Révolution Bolivarienne, en fait. Pour sortir des clichés
et préjugés inspirés par nos mass-médias.
Sur le terrain,
la vie des gens s'améliore réellement ?
Vanessa. Oui, ça change, ça bouge beaucoup ! Chavez a
donc rétabli le contrôle du pays sur ces ressources (qui
auparavant filaient dans les coffres des multinationales et de quelques
privilégiés, le pays ne touchait quasi rien). Cette mesure
a permis de réaliser ce qu'ils appellent des « misiones
». Des réformes : éducation, alimentation, santé,
travail, logement. Qui améliorent déjà et vont
encore améliorer la vie des gens. Imaginez, en Amérique
Latine, des quartiers très défavorisés et des bidonvilles
dans lesquels il y a maintenant « des maisons d'alimentation »
servant des repas gratuits, des « cliniques populaires »
avec soins de santé d'excellente qualité et gratuits,
des coopératives qui créent du travail sans patrons, notamment
dans la construction.
Pourtant, il y a
un coup d'Etat. Tout le monde n'est pas content ?
Vanessa. Une majorité est contente : les pauvres. Une minorité
est absolument furieuse et essaie par tous les moyens de faire tomber
Chavez. Les médias privés se déchaînent contre
lui.
Cependant, à chaque élection, Chavez gagne avec encore
plus de voix. Même des gens qui au début ne votaient pas
pour lui, ont changé d'avis. Il a vraiment redonné un
sens à la relation peuple-Etat. Les gens se sont réinsérés
dans une activité politique en voyant que des choses peuvent
changer.
Les mécontents, on les rencontre essentiellement dans les quartiers
riches. Leur discours est creux. Pour eux : «Il y a moins de démocratie
qu'avant », « C'est un dictateur », « Oui, peut-être
que Chavez leur donne à manger et des médecins
»
Mais apparemment, ce n'est pas ce que les élites d'Amérique
latine attendent d'un président !
Est-ce que nos médias
d'ici refléteraient le seul point de vue des riches du Venezuela
?
Vanessa. Absolument ! Ils escamotent la majorité.
Ici, on présente
généralement Chavez comme un dirigeant populiste et autoritaire.
Le Venezuela est-il démocratique ?
Vanessa. Effectivement, certains Bruxellois interviewés m'ont
dit que pour eux, Chavez est un dictateur populiste. Au Venezuela, j'ai
entendu les deux versions. « Dictature autoritariste »,
me disait la minorité. « Super-démocratie, enfin,
alors qu'avant c'était une dictature déguisée en
démocratie », m'a dit la majorité. Finalement, au
Venezuela, ça saute aux yeux : l'opinion qu'on a sur cette question
dépend tout à fait de la classe sociale à laquelle
on appartient.
Quand on va sur place, on entend qu'en réalité, la majorité
de la population estime bénéficier d'une démocratie
de meilleure qualité. Ce qu'ils appellent une « démocratie
participative ».
Ca veut dire quoi
?
Vanessa. Avec la démocratie participative, le peuple participe
aux décisions qui le concernent. Si les richesses du pays doivent
appartenir au peuple, c'est aussi à lui de décider, tous
les jours, comment on va les utiliser. Le gouvernement met à
disposition du peuple des moyens pour réaliser des projets concrets
au sein des communautés. Et ce sont les gens de la base, pas
l'administration, qui doivent prendre les choses en mains et décider
quels choix concrets, quelles priorités, comment sensibiliser
la population, et tout ça avec l'aide de PDVSA, la compagnie
pétrolière publique.
« Représentative
», « participative » : la différence est importante
?
Vanessa. Oui, vraiment. Dans le film, plusieurs témoins expliquent
bien comment ça se passait avant, au Venezuela, sous la démocratie
représentative. Et au fond, c'était comme chez nous en
Europe : on va voter tous les quatre ou cinq ans, et puis, les élus
ne consultent pas les gens et font passer des lois dont ils n'avaient
jamais parlé et dont personne ne veut : Bolkestein, CPE français
Nous avons vu plein d'exemples ces dernières années. Nous
ne connaissons que trop bien ce type de démocratie « représentative
» et élitiste.
Justement, le contrôle
des élus ?
Vanessa. D'abord, ils ont pris une mesure, très simple : la Constitution
prévoit la possibilité pour la population de demander
un référendum révocatoire à mi-mandat pour
n'importe quel élu. Même le président. Ca représente
déjà un fameux contrôle.
Lors d'une projection
privée, en avant-première, quelqu'un a dit : « Ce
film est très beau, car il montre l'espoir des gens, leur vie
qui change. Et ça nous redonne espoir à nous aussi : on
peut continuer à se battre et obtenir quelque chose ! »
L'enthousiasme des Vénézuéliens semble communicatif
Vanessa. Oui, je crois. C'est un chouette compliment.
Qu'espères-tu
pour ton film ?
Vanessa. Je souhaite surtout qu'il devienne pour chacun un instrument
qu'on peut diffuser au maximum autour de soi. D'abord, il faut bien
se rendre compte que le Venezuela est fortement menacé par Bush.
On sait que le Chili et le Nicaragua ont vu leurs espoirs brutalement
détruits par les Etats-Unis. Nous devons absolument défendre
le Venezuela contre l'agression. Car ce pays, c'est une expérience
importante pour résoudre les problèmes de pauvreté
du tiers-monde. Il y a beaucoup de pays riches dont la population est
pauvre
Dans cette Amérique
latine qui bouge si fort, Chavez est-il une exception ou un phare ?
Vanessa. Un phare, oui. Toute l'Amérique latine regarde vers
Chavez. Si l'on pouvait voter pour lui dans d'autres pays, je pense
qu'il aurait la majorité. D'ailleurs si on veut comprendre les
problèmes de la Bolivie, de la Colombie, du Pérou et de
toute l'Amérique latine, il faut bien comprendre le Venezuela.
En fait, le problème de l'Amérique latine, c'est le même
partout. C'est un record mondial d'écart riches-pauvres. La conséquence
du pillage colonial, puis du pillage par les multinationales. Donc,
la « Solution Chavez » concerne tout ce continent !
Mais quand je parle de la pauvreté dans le monde, je pense aussi
aux pays arabes riches en pétrole, et également aux pays
africains : eux aussi victimes du pillage de leurs richesses. Je pense
au Mali, je pense au Congo
Peut-être que c'est pour ça
justement que Bush s'en prend au Venezuela ? Et c'est bien dommage que
nos médias n'expliquent pas le fond de ce problème.
Défendre
le Venezuela, c'est défendre le droit à l'alternative
?
Vanessa. Oui, je crois vraiment que c'est défendre notre avenir
à nous aussi et pas seulement pour le tiers-monde. Ce que le
Venezuela propose est applicable partout. Ce n'est pas seulement une
question de pétrole. La question centrale est : « Au service
de qui veut-on faire tourner l'économie d'un pays ? »
Oui, ça nous concerne tous. En fait, là-bas, ils sont
en train d'expérimenter, de vivre une solution dont nous allons
avoir besoin. Il faudra peut-être attendre qu'il y ait 60% de
pauvres en Europe, je ne sais pas, mais en tout cas, il faut absolument
défendre leur expérience, apprendre d'eux, penser à
notre avenir.
Comment faire connaître
cette expérience ?
Vanessa. En diffusant largement Bruxelles-Caracas. Un film, c'est un
instrument idéal pour stimuler le débat très largement.
Ca se regarde à plusieurs, ça favorise l'échange
et la possibilité de créer des initiatives en commun.
D'une part, on prépare une tournée de projections-débats
en France, en Belgique, en Suisse, que je ferai en septembre-octobre.
D'autres pays suivront, car le film sera traduit en six ou sept langues.
D'autre part, on prépare un site du film avec forum de débats
car les gens se posent beaucoup de questions sur Chavez, les USA, l'Amérique
latine
C'est en étant diffusé largement que ce film
trouvera son utilité. Ce qui permettra aussi d'avoir un budget
pour le diffuser dans le tiers-monde.
Et réaliser
d'autres films ?
Vanessa. Oui, il y a des projets. Et tout ça sera possible si
nous aussi, comme les Vénézuéliens, nous arrivons
à nous organiser.
Merci et beaucoup
de succès à ce film !
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