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Portrait
du président Uribe Hernando Calvez Ospina
1. Le narco- paramilitarisme
entre au Parlement. Le dirigeant libéral
Carlos Lemos Simmons, qui pourtant ne s'était jamais fermement
opposé au paramilitarisme, a déclaré face à
de tels résultats électoraux: « Cela veut dire qu'aujourd'hui
les Autodéfenses forment la majeure partie du Congrès
et y sont la force la plus importante [
] Mais ce qui est le plus
effrayant dans cette affaire, c'est l'indifférence avec laquelle
le pays a reçu l'annonce de tels résultats. Un événement
de cette gravité n'a pas soulevé la plus minime réaction
de la part des médias, des syndicats patronaux, du gouvernement,
de l'Eglise, de la dite société civile ou de la communauté
internationale [
] Des considérations électorales
indignes ont fait que ce qui était tenu pour haïssable et
mauvais hier est devenu avantageux et bon aujourd'hui » (1). Le ministre de l'Intérieur
d'alors, Armando Estrada Villa, a confirmé les paroles de Mancuso
sans toutefois annoncer de quelconques mesures à cet égard:
« L'analyse qui a été faite de ces personnes, leur
élection, les circonscriptions où ils furent élus
se trouvant être des endroits où les paramilitaires sont
influent, ,tout cela permet d'arriver à la conclusion que les
paramilitaires ont donné l'ordre de voter pour ces candidats
ou qu'ils sont arrivés à s'entendre pour que des pressions
soient exercées sur les communautés afin qu'elles portent
leurs voix sur les noms qu'ils avaient choisis » (2). Tout le monde savait
que dans les régions où les paramilitaires commandaient,
les hommes politiques leur avaient versé 100 millions de pesos
pour l'obtention d'un fauteuil au Sénat. « Comme monnaie
d'échange, les seigneurs de la guerre garantissaient à
leurs protégés qu'ils n'auraient pas de compétiteurs
dans leurs circonscriptions et que le peuple voterait massivement pour
eux le jour du scrutin. Les élus, en échange de leur «
aval », fermèrent les yeux sur leurs activités et
allèrent même jusqu'à adjudiquer à leurs
sociétés des contrats publics » (3). L'establishment
savait que ces élections allaient être la concrétisation
d'une avancée décisive de la paramilitarisation de l'Etat
vu qu'on avait tout préparé pour cela. Le jour même
du scrutin, Francisco Santos Calderon, qui allait être élu
vice-président de la Colombie quelques mois plus tard, avait
écrit dans son journal El Tiempo: « [
] ce qui est
certain, c'est que le Congrès que nous allons élire sera
encore pire que celui que nous avons aujourd'hui. Il va être,
à quelques exceptions près, un Congrès à
la solde des caciques politiques traditionnels, des « narcos »
et des paramilitaires ». Il ne s'agissait pas d'une prophétie
mais de paroles prononcées en connaissance de cause. On n'a pas même ouvert la plus modeste enquête officielle pour vérifier le genre de relations que certains parlementaires auraient entretenu avec les paramilitaires. Et, à l'inverse des élus de l'Union Patriotique et d'autres partis politiques de gauche ou de formations simplement critiques à l'égard du système, ces paramilitaires n'ont pas été les victimes d'un plan d'extermination. Les défenseurs du système se tuent rarement entre eux! 2. Uribe Velez,
un passé qui sent le trafic de drogue. Après la
publication d'une série d'enquêtes qu'il avait menées
sur les connections pouvant exister entre le narcotrafic, le paramilitarisme
et le candidat de l'époque à la présidence, Alvaro
Uribe Velez, Fernando Garavito Pardo, chroniqueur à El Espectador,
a reçu des menaces de mort qui l'ont contraint à s'exiler
en mars 2002 (4). Ses révélations
ont coïncidé avec celles d'Ignacio Gomez Gomez qui a dû,
lui aussi, quitter la Colombie pour des raisons identiques. Lorsqu'il
reçut, en 2002, le Prix International de la Liberté de
la Presse attribué par le Comité Mondial pour la Protection
des Journalistes, CPJ, il a expliqué qu'il devait cette récompense
au « travail sur les antécédents qui relient Alvaro
Uribe Velez au Cartel de Medellin. Il s'agissait d'une enquête
divisée en cinq parties. L'une d'elles se rapportait à
la coïncidence qui fit qu'au moment où Pablo Escobar siégeait
au parlement et s'occupait énormément d'activités
politiques ou de prosélytisme dans les quartiers pauvres de Medellin,
Alvaro Uribe en était le maire et y réalisait des programmes
forts parallèles à ceux de Pablo Escobar. Ensuite, Alvaro
Uribe fut directeur de l'Aviation Civile. Avant lui, de 1954 à
1981, 2 339 licences avaient été accordées par
l'Etat, alors qu'en 28 mois d'exercice, il réussit, lui, à
en concéder 2 242, soit presque autant que pendant les 35 années
précédentes, avec la circonstance aggravante qu'un très
grand nombre de licences, 200 environ, est tombé aux mains du
Cartel de Medellin [
] On a trouvé l'hélicoptère
[du père] au moment de l'héritage de ce dernier dans le
laboratoire extrêmement fameux de Pablo Escobar appelé
Tranquilandia. L'hélicoptère appartenait à [Alvaro]
Uribe et à son frère. Il y avait aussi une relation étroite
entre le père d'Uribe et le clan Ochoa, une famille très
importante du Cartel de Medellin. Et la dernière partie [de la
série] a été le moment où Pablo Escobar
s'est évadé de prison et a essayé de passer un
nouvel accord avec le gouvernement et où la personne chargée
d'arriver à cet accord a été Alvaro Uribe Velez
[
] Sur les cinq enquêtes, nous n'avons réussi à
en publier qu'une, celle qui se rapporte à l'hélicoptère.
Et le jour où nous l'avons publiée, le président
s'est mis excessivement en colère, il m'a insulté à
la radio
». C'est de cette manière que l'on apprit que l'actuel président de la Colombie avait passé les premières années de sa vie au sein d'une famille de la classe moyenne qui avait régulièrement des problèmes d'argent. Cette situation changea radicalement un beau jour, quand le père, Alberto Uribe Sierra, se mit à faire des affaires comme agioteur ou, pour utiliser une expression plus appropriée selon les investigateurs, comme homme de paille. C'est-à-dire qu'il fut le propriétaire factice de biens appartenant à des trafiquants de drogue, activité qu'il inaugura pour les caïds du clan Ochoa, des parents de son épouse. Les Uribe commencèrent
à accumuler leur propre fortune ainsi que leurs propres grandes
exploitations rurales. « Uribe Sierra était tellement plongé
dans un monde de trafics hallucinants que, racontait un de ses amis,
il pouvait s'endormir un jour à la tête de 23 propriétés
ou de 10 et se réveiller le lendemain en en ayant 41 »
(5). Un vrai tour de magie! Et, quel hasard, en Colombie on surnomme
les « narcos » des « magiciens »! Malgré ses
hautes responsabilités, le président Uribe Velez ne s'est
jamais expliqué avec objectivité sur l'origine de sa grande
fortune. Les fois où il fut contraint d'aborder cette question,
il le fit avec des phrases creuses sans rien dire de précis.
Dès qu'un journaliste le presse de questions, il fait preuve
d'agressivité. Aucune autorité ne s'est décidée
à enquêter. Le père du
président est mort en juin 1983, au cour de l'attaque de son
hacienda par les FARC. Les Uribe disent que les guérilleros voulaient
le kidnapper et qu'il s'était retranché chez lui pour
les en empêcher. Nous avons lancé cette attaque pour flanquer
par terre le camp d'entraînement militaire qui s'y trouvait, assurèrent
les guérilleros. Voici la partie dramatique de l'histoire. Après
avoir appris l'attaque, Alvaro Uribe Velez décida de se rendre
sur les lieux en hélicoptère pour tenter de sauver son
père et ses frères. Interrogé à ce sujet,
il répondit: « Je suis monté dans le premier hélicoptère
qu'ils se sont procurés, la nuit étant presque tombée
[
] L'autre jour, le journal El Mundo a dit que l'hélicoptère
appartenait au richissime Pablo Escobar » (6). Selon les informations
parues dans la presse, l'appareil était l'un des plus modernes
du pays pour la haute technologie de ses instruments de navigation et,
de ce fait, le « richissime » ne le prêtait pas à
n'importe qui. Quand il était
maire de Medellin, Uribe Velez présenta à Bogota, dans
un grand concert médiatique, le programme « Medellin sans
taudis ». Tout juste après, l'on sut qu'il s'agissait d'un
plan doté d'un un sens civique évident financé
par Escobar Gaviria qui recherchait la solidarité sociale et
l'acceptation politique. Ledit programme consistait à construire
mille maisons pour les donner aux familles qui dormaient dans des bicoques
près d'une décharge d'ordures. Les étranges
« concours de circonstances » qui relient le président
Uribe Velez à certains caïds du trafic de stupéfiants
ne se sont pas arrêtés là. En mars 1984, la police
arriva au laboratoire du traitement de cocaïne, considéré
le plus grand et le plus moderne au monde, connu sous le nom de Tranquilandia,
dont le propriétaire majoritaire était Escobar Gaviria.
S'y trouvaient plusieurs appareils d'aviation dont trois avaient des
licences de vol délivrées par l'Aéronautique Civile
du temps où son directeur était Alvaro Uribe Velez (mars
1980, août 1982). On découvrit aussi un hélicoptère
dont les frères Uribe Velez avaient hérité
En dépit
de tous ces faits, le président affirma avec insistance: «
Je n'ai pas eu de relations avec Escobar, pas même à l'époque
où il était fréquentable » (7). Après avoir
quitté la direction de l'Aéronautique, le futur président
colombien fut élu gouverneur du département d'Antioquia.
Du haut de cette charge, il devint le promoteur et l'incitateur principal
des Coopératives de Sécurité Rurales, « Vivre
ensemble ». Carlos Castaño Gil, chef paramilitaire, devait
dire qu'Uribe Velez réussit à « faire prospérer
des coopératives de Sécurité avec lesquelles je
n'avais jamais été d'accord. Je ne vais pas nier qu'elles
rendaient service aux Autodéfenses, mais avec elles, on n'a pas
tellement avancé. Ce sont les trafiquants de drogue qui en ont
profité lorsqu'ils se sont occupés de monter de petites
« Vivre ensemble » sur leurs terres » (8). Le 30 juillet 2004,
le Président de la Colombie réfuta publiquement un document
émanant de la Defense Intelligence Agency (DIA), une dépendance
du Pentagone qui est un des services de sécurité les plus
secrets et les plus puissants des Etats-Unis. Ce rapport qui avait été
déclassifié au mois de mai précédent, disait
dans l'alinéa 82: « Alvaro Uribe Velez un politicien
et sénateur colombien qui se consacre à la collaboration
avec le cartel de Medellin à un haut niveau gouvernemental. Uribe
était lié à une entreprise impliquée dans
des activités de narcotrafic aux Etats-Unis. Son père
a été assassiné en Colombie, en raison de ses liens
avec les narcotrafiquants. Uribe a travaillé pour le cartel de
Medellin et c'est un ami proche de Pablo Escobar Gaviria » (9).
Le communiqué de la Présidence n'a présenté aucun argument capable de démentir de façon catégorique une révélation d'une telle gravité. Par contre, il a essayé de faire débouter le rapport de la DIA sous prétexte qu'« il s'agit d'une information qui n'a pas été vérifiée », ce que dit effectivement le texte: « Not finally evaluated ». Ce qui est frappant, c'est que cette information a bel et bien été utilisée au cours d'enquêtes et de procès afin de mettre en cause de nombreux narcotrafiquants dont la description figurait dans ses pages 3. Les parents du
président
Notes du chapitre
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